Erich Fromm , Avoir ou être? : un choix dont dépend l'avenir de l'homme.
Erich Fromm commence par une analyse linguistique consistant à distinguer dans son usage le verbe avoir d’avec le verbe être. Par exemple, affirmer que l'on « a une femme » comme on « a des problèmes » ou qu’on « a une voiture », c'est toujours ramener les choses et les êtres à une notion de propriété. On peut voir cela différemment et affirmer au contraire que l'on est marié, que l'on utilise une voiture et que l'on est perplexe ou embarrassé. Selon Fromm, cette distinction est lourde d'implications quant à notre rapport au réel et notre mode de vie. Être perplexe indique bien qu'il s'agit de quelque chose qui se trouve d’abord en nous, qui peut être lié à notre perception et sur lequel on peut agir. Avoir un problème c'est mettre une distance, mais en même temps ajouter un élément nouveau à tout ce que l'on possède sans parvenir à s'en détacher et à agir dessus.
Fromm applique ensuite cette distinction entre être et avoir à un tas de domaines : la conversation, la connaissance, les études, l'amitié, l'amour, le travail, etc. Chaque fois il montre comment le mode de vie avoir révèle une approche à la fois égocentrique, utilitariste et passive des choses, au contraire du mode de vie être. J'ai retrouvé cette distinction dans une étude sociologique menée auprès de travailleurs français à propos des liens bonheur-travail. Dans les catégories populaires les gens (en général) affirment avoir un travail pour toucher un salaire qui permet d'acheter des choses et qui ensuite permet (éventuellement) d'être heureux. Dans les catégories plus favorisées (en moyenne), les travailleurs insistent sur le fait que le travail permet — au même titre que d'autres activités — de s'épanouir et d'être heureux, et que l'intérêt même de ce travail en fait une fin en soi, non un simple moyen.
Autre exemple : les études. Les étudiants du mode avoir arrivent en cours sans connaissances, sans questions, sans s'être intéressés au préalable au thème qui sera traité. Ils essayent de prendre en note un maximum d'éléments qu'ils tenteront par la suite d'ingurgiter pour mieux recracher le tout à l'examen. Les étudiants du mode être arrivent avec quelques idées (peut-être des préjugés) et ne cherchent pas à noter le cours de façon frénétique. Le cours est une occasion de voir les choses autrement, de faire évoluer leur compréhension du monde et de détruire justement leurs a priori : c'est une démarche qualitative et non quantitative (applicable si le cours est bien fait).
Pour mieux comprendre le mode de vie être, Fromm évoque la pratique du sabbat chez les Juifs. Le jour du sabbat rien n'est produit, rien n'est détruit. Comme il l'affirme, ce jour-là on ne fait qu'utiliser ses pouvoirs essentiels : manger, prier, chanter, étudier, lire et discuter, faire l'amour (beau programme n'est-ce pas ?).
Enfin, comme beaucoup d'auteurs de la même veine, il renvoie dos à dos capitalisme libéral et économie socialiste qui l'un comme l'autre visent à produire toujours plus, et fustige la société de consommation et l'idéologie publicitaire. Chacun, chacune d'entre nous agit parfois en mode être et parfois en mode avoir. En fonction de la société dans laquelle nous vivons et de l'idéologie dominante, nous serons plutôt orientés vers l'être ou l'avoir. Dans nos sociétés occidentales, c'est l'avoir qui l'emporte, et de loin...
Pour conclure, je crois que Fromm peut nourrir nos réflexions quant au choix d'un mode de vie plus serein et moins matérialiste. Son ouvrage date de 1976 mais ces idées coïncident très bien avec les thèmes de la décroissance et de la simplicité volontaire (notion appliquée pour la première fois par un journaliste à propos de Gandhi, je crois).
Enfin, vous trouverez dans son ouvrage un grand nombre de références culturelles occidentales : Socrate, Jésus, Maître Eckhart, Freud, Marx et autres.
Stéphane Charlier
BETHUNE (FRANCE)
6 commentaires:
Je suis "tombé" un peu par hasard sur cet excellent petit texte de Stéphane Charlier qui constitue une bonne introduction/résumé au livre d'Erich Fromm. Je le reproduis tel quel ici et serais très heureux de pouvoir le signaler à l'auteur... Si vous le connaissez, merci de lui signaler. JV
hello
mettez vos infos sur jewisheritage.fr et inscrivez vous sur le forum
shalom
Bonjour,
Il se trouve qu'il y a un peu plus de 10 ans j'ai fait un travail de phylo sur ce livre d'Éric Fromm : ÊTRE OU AVOIR. J'ai tellement aimé son livre que j'ai cherché à me le procuré en librairie pour l'acheter, mais je ne l'ai jamais trouvé. Pensez-vous que vous pourriez me dire s'il me serait possible de me le procurer quelque part au alentour de Montréal, Canada.
Merci pour ce blog et félicitation, je vais restée en contact
Colette
livre trouvé facilement en France,en 2001,éditions Laffont Remarquable,à faire connaître!
Bonjour,
Ce fut un texte sans prétention, n'étant pas psychanalyste mais géographe de formation. Je suis (le verbe être !) néanmoins heureux de voir que ce texte circule sur internet. Pour ma part j'ai trouvé ce livre en médiathèque. Ce qui m'évitais de "l'avoir".
Bonne continuation !
Stéphane Charlier
Je ne connaissais pas Erich FROMM, (et c'est une sorte de "chance") quand j'ai élaboré, dans les années 80, une théorie, officialisée par sa publication à Paris, qui révèle en première mondiale,la relation Psychosomatique qui existe et unit - depuis la Nuit des Temps ! - AVOIR à ÊTRE. Dommage que Erich FROMM ne l'ait pas connue, cela lui aurait évité d'écrire tant de propos totalement erronés! Se référer à "blogapart jean s. dalliere" pour en être convaincu.Sans aucune animosité; bien cordialement JSD
Enregistrer un commentaire